Auteur : Jeanne-Lydie GORÉ.
 
Tome 3 - Colonne 518
Acheter l'article complet
5 €
Titre de l'article : DÉSAPPROPRIATION (DÉGAGEMENT, DÉSOCCUPATION).
Début de l'article :
— Le vocabulaire spirituel s'enrichit singulièrement au 17e siècle : la vulgarisation de la mystique rhéno-flamande en particulier familiarise le public avec les notions de « vie essentielle », de « vie suréminente », que chaque génération tente d'exprimer avec plus de précision. Parallèlement la langue de l'ascèse se fait plus fouillée et comme plus technique ; de nouveaux termes se créent qui caractérisent telle ou telle étape de la purification intérieure. Au siècle de La Rochefoucauld et de La Bruyère des distinctions subtiles s'établissent entre expressions apparemment voisines : ainsi il convient de distinguer entre le dégagement, la désappropriation et la désoccupation ; ces trois moments de l'ascèse ne se recouvrent pas exactement. Négligeons la signification profane de ces termes. Le Glossaire de du Cange nous apprend qu'on retrouve l'adjectif desapropriatus dès le 15e siècle et cite degagiare dans une acception juridique : retirer un gage, libérer. F. Godefroy (Dictionnaire de l'ancienne langue française, Paris, t. 2, 1883, p. 636) donne de desproprié une interprétation déjà plus spirituelle : saint François d'Assise ne recevait personne « en son ordene ki ne fust despropries et ki nule cose receuist » (Vie de S. François d'Assise, ms. bibliothèque Mazarine, n. 1351, f° 30d). Désoccuper appartiendrait plutôt à la langue militaire : comme on « occupe » une place forte on la « désoccupe ». Peu de changement dans le Dictionnaire de l'Académie (1694), sinon que se multiplient les sens figurés ; approprier ou s'approprier se précise : c'est « usurper la propriété de quelque chose ». Désappropriation, désoccupation viennent donc des horizons les plus divers ; ce sont autant de variations sur des thèmes extrêmement simples ; toutefois le terme original peut avoir déjà pris un sens restreint ; ainsi pour désappropriation : « propre » a depuis longtemps une acception précise dans le vocabulaire spirituel ; la « propriété », le « propriétaire » sont l'inverse de l'abnégation et du chrétien humble et dépouillé. Cette origine...

[...]



Cet extrait est constitué d'environ 1 page et l'article complet contient 23 pages.